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 ANALYSE         
L`Union de 1840 : une catastrophe pour les Canadiens français ?
Article diffusé depuis le 2004-05-26
 


Charles Poulett-Thomson, Lord Sydenham (1799-1841), premier gouverneur de la province du Canada-Uni (1839-1841)

L’Acte d’Union de 1840 est largement inspiré du rapport Durham, lui-même basé sur deux idées maîtresses : l’octroie du gouvernement responsable à la colonie canadienne et l’assimilation du demi million de Canadiens français qui y vivent.

La tentative depuis 1791 d’intégrer en douceur les francophones à la culture de la civilisation britannique s’était avéré un cinglant échec, illustré par l’éclatement des rébellions de 1837-1838. Durham veut donc s’assurer en 1839 que cela ne se reproduise pas et est très clair lorsqu’il dit : « ce n’est nulle part une vertu du peuple anglais de tolérer des coutumes ou des lois qui lui sont étrangères » (VAUGEOIS, 1962 : 174).

Lors du débat portant sur l’Acte d’Union, le Parlement britannique ne retient que la deuxième idée maîtresse du rapport Durham, soit l’assimilation des Canadiens français, car il n’est pas prêt à donner plus d’autonomie à ses colonies. L’union des deux Canadas sous un gouvernement anglophone place donc les francophones sous la supériorité numérique des anglophones, ce que l’immigration anglaise ne fait qu’accentuer.

On peut analyser l’Acte d’union sous trois aspects différents : politique, financier et culturel. Du point de vue politique, les autorités britanniques refusent toute idée de gouvernement responsable pour la colonie. Le cabinet britannique ne peut concevoir et accepter que l’exécutif colonial ait deux maîtres, soit la métropole et l’Assemblée législative. On se retrouve encore avec un Conseil exécutif et un Conseil législatif qui est nommé à vie par le gouverneur général. De plus, le gouverneur détient le pouvoir d’accepter ou de refuser toutes les lois votées par l’Assemblée législative.

Un autre aspect de l’Acte d’Union est la création d’une liste civile permanente qui est financée à même les revenus de la colonie. On retrouve sur cette liste les hauts fonctionnaires, les juges ainsi que le gouverneur. Il demeure que, malgré l’intégration par Bagot de deux Canadiens français en 1842 au Conseil exécutif, le Conseil demeure sans responsabilité. L’élément le plus injuste envers les Canadiens français est sans aucun doute la représentation identique du nombre de députés basée sur les deux unités administratives du Canada Ouest et du Canada Est plutôt que sur la représentativité proportionnelle de la population des deux provinces. Pour s’assurer d’un vote allant dans le sens de l’Union, , le gouverneur Sydenham déplace les frontières de certains comtés tels que Montréal, Québec et Sherbrooke, afin de noyer le vote anti-unioniste. De plus, il choisit Kingston située en territoire anglophone, comme capitale de la nouvelle province.

On consolide par ailleurs les dettes des deux Canada qui se chiffrent à 1,2 million de livres pour le Haut-Canada et à 90 000 livres pour le Bas-Canada, ce qui bien sûr pénalise ce dernier, et on promet aux Haut-Canadiens une plus grande part des revenus douaniers du Saint-Laurent. On limite aussi le pouvoir de taxation de l’Assemblée législative, limitant d’autant les pouvoirs économiques des élus du peuple. De son côté, Durham croit fermement que l’accès au bassin du Saint-Laurent doit être offert à tous les habitants du bassin du fleuve et pas seulement aux citoyens du Bas-canada. Cette accessibilité accrue sera obtenue par la construction de canaux. Elle diminue les entrées d’argent à Montréal pour ce qui est des frais de douanes et fragilise l’économie du Bas-Canada, tout en obligeant ce dernier à assumer une plus grande partie des frais déjà engagés. En effet, malgré l’augmentation du trafic des marchandises transitant par le port de Montréal en provenance du Canada Ouest, les canaux permettent aussi l’entrée de biens directement au cœur du continent.
L’Union renforce de plus la mainmise des Anglais sur l’économie marchande de la nouvelle colonie unifiée.

Durham est convaincu que le problème le plus grave qui affecte les deux Canadas réside dans un conflit entre deux races et non entre le peuple et son gouvernement. Entourés de toutes parts par des Anglais et dépourvus de lien avec leur patrie d’origine, Durham est convaincu que les Canadiens français sont voués à l’extinction. Il va jusqu’à dire que l’assimilation est la seule façon d’aider les Canadiens français à sortir de leur infériorité. Il souhaite donc s’assurer que la suprématie soit donnée à l’anglais. Pour ce faire, il recommande que la langue française soit proscrite dans toutes les institutions gouvernementales.

Malgré la montée au front du clergé canadien-français contre les recommandations de Charles Buller, assistant de Durham sur la laïcisation des écoles pour s’assurer de l’assimilation, on confie la responsabilité de l’éducation à un intendant anglophone entouré lui-même d’un comité d’experts majoritairement anglophone.

L’Acte d’Union force la collectivité canadienne-française à se replier sur elle-même, ce qui réduit considérablement sa vitalité. Le clergé demeure seul gardien de la langue française qu’il réussit à maintenir vivante grâce à son engagement dans l’éducation, la santé et l’aide générale à la population. Il permet de plus à une élite francophone en devenir de se former grâce à la création de plusieurs collèges classiques offrant une éducation supérieure.

En 1848, Papineau, qui est sur le point de laisser tomber le parti de LaFontaine, soutient toujours que l’Union est contre nature, que les différences nationales sont trop importantes pour assurer une unité d’idées.
Un sondage effectué en l’an 2000 pour le rapport « Notre patrimoine, un présent du passé » indique clairement que, selon plus de 70 % des répondants, la langue est ce qui représente le mieux le patrimoine (Étude sur la perception de la notion de patrimoine, Léger & Léger, juillet 2000, 10p.)

En conclusion, peu importe l’angle sous lequel on analyse l’Acte d’Union de 1840, il apparaît clairement qu’il n’avait d’autre but que de dominer les Canadiens français dans tous les aspects de la vie du Bas-Canada. Même LaFontaine, en 1842, lors de son allocution devant l’Assemblée législative répond à Dunn, alors receveur général, qui lui demande de reprendre son discours en français : « (…) l’honorable membre qu’on nous a si souvent représenté comme un ami de la population française, a-t-il oublié que j’appartiens à cette origine si horriblement maltraitée par l’Acte d’Union ».

Richard Couture, étudiant libre


CARELESS, James Maurice Stockford. The Union of the Canada`s; the Growth of Canadian Institutions, 1841-1857. Toronto, McClelland and Stewart, 1967, xii-256p.
KELLY, Stéphane. La petite loterie : comment la Couronne a obtenu la collaboration du Canada français après 1837. Montréal, 1997, 283p.
LAHAISE, Robert. Libéralisme sans liberté, 1830-1860. Histoire au présent (Lanctôt). Outremont, Québec, Lanctôt, 1997, 186p.
MONET, Jacques. La première révolution tranquille : le nationalisme canadien-français, 1837-1850. Montréal, Fides, 1981, 504p.
VAUGEOIS, Denis. L`union des deux Canadas : nouvelle conquête. Trois-Rivières, Éditions du Soc, 1962, xvi-241p.

 


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Consulté 3442 fois depuis le 2004-05-26

 Richard Couture 2004-11-20
Bonjour, je me trompe peut-être mais cela ressemble beaucoup à mon travail de session de l`hiver 2004 et mon nom est Richard Couture et nom Pierre

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