9E ÉDITION
La porte-parole
La gloire de mes ancêtres
Tous les peuples de la Terre adulent des héros et
des modèles dont ils tirent une légitime fierté, autant dans le domaine
sportif, artistique que pour leur engagement dans des causes
humanitaires. Ceux et celles qui luttent pour la démocratie et la
liberté d’expression sont cependant particulièrement importants car,
sans eux, nulle voix pour les artistes, pour les écrivains, les
chanteurs afin traduire les passions du présent et ouvrir les chemins de
l’avenir. Les patriotes de 1837-1838 sont donc bien les héros les plus
précieux que nous ayons. Fils et filles du sol, ils se sont portés à la
défense de leurs semblables pour entonner l’hymne de la liberté sur les
rives du Saint-Laurent et affronter ceux qui souhaitaient les réduire au
silence. Ceux qui aujourd’hui chantent, jouent ou jonglent au Québec
doivent donc beaucoup à ces modestes paysans qui se sont battus pour que
nous puissions aujourd’hui nous exprimer sur toutes les tribunes, aux
quatre coins du monde, et pour que nous puissions le faire en français.
Mon attachement à la cause patriote est d’autant plus vif que je compte
moi-même des ancêtres ayant payé cher leur engagement politique. À
l’automne de 1838, Jean-Louis et Jean-Marie Thibert, de Châteauguay,
sont condamnés à mort pour avoir participé au soulèvement patriote. Ils
seront finalement tous deux exilés en Australie où ils purgeront six ans
de travaux forcés avant qu’une souscription populaire ait permis de les
rapatrier au Québec.
Comme tant d’autres Québécoises et Québécois, c’est par d’autres voies
que je poursuis mon engagement et que j’exprime la même passion qui
habitait les patriotes. On pense bien sûr aux arts, à la musique, à la
poésie mais aussi par un engagement dans des actions citoyennes
destinées à perpétuer des valeurs de solidarité et de respect ainsi qu’à
protéger une nature la plus intacte possible. Encore là, je sais que
c’est en partie aux patriotes de 1837-1838 qu’on doit de pouvoir faire
tout cela ; à tous ces Jean-Louis Thibert du Bas-Canada qui, face à des
difficultés innombrables et sans grande chance de succès n’ont pourtant
pas hésité à s’engager dans une lutte inégale pour la justice et la
reconnaissance de notre culture. Il s’agit bien là d’un sacrifice qui
mérite tout notre respect et une parole que je suis particulièrement
fière de porter à l’occasion de la Journée nationale des patriotes.

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